24 juillet 2008

Conseils de Maîtres-Pipiers

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Je suis avec attention le blog Churchill Attack, de Benoît Wagner. Même s'il s'intéresse avant tout au cigare, ça n'est jamais ennuyeux, et Benoît ne dédaigne pas de parler de ses expériences pipières. Et en voilà une qui sort de l'ordinaire : une rencontre avec un Maître-Pipier ! Après "Dieu existe, je l'ai rencontré", voilà "les Maîtres Pipiers sont vrais, j'en ai touché un".

Je vous donne le lien :

http://benoitwagner.typepad.fr/churchill_attack/2008/06/130-ans-du-cad.html

Première question, qui me vient en lisant ce billet - question que je me pose depuis longtemps, mais personne n'a été capable de donner une réponse : quand on parle de Maître-Pipier, on a l'impression d'avoir affaire à un pipier qui sort de l'ordinaire. Pas un pipier, mais plutôt un Super-Pipier (it's a bird ! it's a plane ! No, it's Super-Pipier !).Un peu ce qu'est le chevalier Jedi au Padawan, si vous me suivez. Or, il me semble, je dis bien il me semble, encore une fois je peux me tromper, qu'Yves Grenard, directeur de la maison Chacom, est certainement un très bon directeur, mais pas un Maître-Pipier. Et pas un pipier non plus d'ailleurs. Ca n'est pas un reproche d'ailleurs, simplement je trouve qu'il va finir par y avoir autant de Maîtres-Pipiers que d'habitants à Saint-Claude... Même le boucher de la rue du Pré va finir par s'intituler "Maître Traiteur Pipier !

Ce qui me surprend aussi, c'est cette sorte d'infaillibilité dont ils se parent. On a souvent reproché à certains d'être trop surs d'eux, mais là bizarrement le silence se fait. Parlons-en donc ! On a l'impression que le Maître-Pipier en question joue les oracles. Je vais me permettre de citer un extrait :

"Si vous n'aviez qu'une pipe Chacom à nous conseiller, laquelle choisiriez-vous ?" Grenard, au-dessus de ses lunettes en écaille : "Quel tabac aimez-vous fumer ?" Du gris, répond mon compère. "Du gris ? D'accord... C'est un tabac sec. En se consumant, il va donc chauffer la bruyère dont est composé le foyer de la pipe. Il vous faut un foyer pas trop fin et un tuyau droit, pour assurer un tirage régulier. La n°185 de Chacom est idéale pour le gris. D'une manière générale, quel que soit le tabac, je ne conseille personnellement que des pipes droites ou très légèrement courbées. Pas les courbes."

Et alors là, voyez-vous, je ne comprends pas. Normal, je ne suis pas Maître-Pipier, juste fumeur. D'abord, il n'y a pas que le gris qui en se consumant va chauffer la bruyère. Tous les tabacs, quand on les fume, chauffent la bruyère. Si la bruyère ne chauffe pas, c'est bien simple : la pipe est éteinte. Ou vous êtes distrait, et elle est vide. Et ça n'est pas une question de sécheresse du tabac. Un tabac qui sort d'une boîte ou d'une pochette ouverte, humide, va lui aussi chauffer la bruyère, si on le fume.

Un foyer pas trop fin ? Pourquoi ? Que le foyer soit fin ou large, ben cette pauvre bruyère va chauffer quand même. C'est moche, mais c'est comme ça. Dura lex, sed lex.

Et j'ai des fourneaux épais qui chauffent plus que des fourneaux plus minces...

Et cette phrase, qui est la plus belle de toutes : la n°185 de Chacom est idéale pour le gris.

Alors là, voyez-vous, je cherche encore. Je parlais d'infaillibilité. Mais là ! Donc, si je saisis bien, les fumeurs de gris qui ont bêtement acheté une Chacom qui leur plaisait sont priés de la mettre au placard. Ils doivent acheter la n°185 de Chacom. Pour ceux qui aiment les latakia, je suppose qu'ils doivent soigneusement éviter la n°185 de Chacom. Par contre, on peut penser - mais il faudrait demander, bien sur - que la n°73, la 12, la 27, et la 122bis à la rigueur, seraient les bons numéros pour les fumeurs de latakia.

Or, voyez-vous, je suis bien sur que si j'achetais trois exemplaires de cette n°185, une irait très bien avec les latakia, une autre avec les vriginie, et la troisième, si ça se trouve, avec le gris. Ca n'est qu'un exemple, toutes les solutions sont possibles, avec la bruyère. On ne sait jamais.

Enfin si, certains savent. Ils ont la Connaissance. "La n°185 acheter tu dois, si du gris tu fumes. May the Force be with you. Bon maintenant, un petit coup boire on va".

Monsieur Grenard a une préférence personnelle pour les droites. C'est tout à fait son droit. Mais pourquoi n'a-t-il pas plutôt demandé quelles formes de pipes plaisent à cette personne ? Pourquoi conseille-t-il plutôt des pipes droites ou très légèrement courbes, mais pas les courbes ? Si ici je déconseillais d'acheter des courbes de Chacom, j'aurais encore les oreilles qui sifflent. Mais là n'est pas la question d'ailleurs. On conseille généralement aux débutants de se lancer avec des pipes droites, mais si j'en crois la photo illustrant le billet de Benoît, la personne qui a posé la question, Peintre en l'occurrence, n'est pas, il ne m'en voudra pas, né de la dernière pluie. Disons qu'il tête sa pipe, mais plus son pouce depuis un petit moment. Il semble d'ailleurs ravi de sa n°185. Coup de pot, il aurait pu tomber sur la n°186 !

Mais je ne peux m'empêcher de penser que si monsieur Grenard préférait les pipes courbes, il aurait déconseillé la n°185...

Par contre, et là je m'en excuse tout de suite auprès de mes détracteurs (à qui on a passé le mot de se taire,n'est-ce pas, ils se retiennent les pauvres, mais ils me lisent), je suis tout à fait d'accord avec son opinion sur les pipes sablées. Je me permets simplement de regretter que les sableurs n'aient pas un peu plus de temps pour faire leur travail. D'ailleurs, est-ce bien chez Chacom que l'on sable ? Je ne sais plus, qui m'a dit qu'à Saint-Claude, une seule société avait gardé des ateliers de sablage, et faisait le travail pour toutes les marques sanclaudiennes ? Ca n'a pas grande importance d'ailleurs. Le fait est que j'aime les sablées, mais que je persiste à penser que le sablage demande un peu de temps.

Cela dit, il y a pire. un autre Maître-Pipier, je ne citerai pas son nom, le pauvre, a déclaré : "...le veinage et la pureté du bois transcendent l'arôme." La pureté, bien sur. Mais le veinage ? En quoi ça joue-t-il ? Là aussi, je pose la question, prêt à faire amende honorable. Qu'on me vende une pipe flammée plus cher, d'accord, c'est beau, le pipier a eu la chance de tomber sur un ébauchon qui lui permette cela, il a travaillé en conséquence, mais qu'on ne me raconte pas qu'elle sera meilleure qu'une autre parce que la flamme est bien mise en valeur. Il y a des énormités, comme ça, si un pipier américain avait dit une chose pareille, on l'aurait descendu en flammes, le pauvre !

7 commentaires:

Erwin a dit…

Ca fait un bon bout de temps que je me demande si le terme "Maître-Pipier" ne s'inspire pas de "Maître Corbeau"...

erwan a dit…

Aaah enfin une petite polémique pour mettre du sel dans ce blog qui n' en manque pourtant pas !!

Je propose un face à face entre Guillaume et le maitre-pipier retransmis sur youtube ! ;-)

Quant à Peintre, méfiage, pour le connaitre je puis révéler que sous sa fausse barbe se cache un jeune éphèbe qui use d' un postiche afin d' écluser les bouteilles de vieux rhum du Cubana sans qu' on lui demande sa carte d' identité...

lafflyg a dit…

Ca n'est pas une polémique, d'ailleurs, c'est un malheureux constat.

"méfiage", tu es sur ;-)

Y'a eu aussi des polémiques pour moins que ça ;-)

Anonyme a dit…

On peut relever aussi :
"Sabler signifie projeter à forte pression du sable et de fins morceaux de verre pour débarrasser le bois de bruyère de ses parties tendres, *fragiles lors de la combustion du tabac* " ... qui suggère que le foyer est aussi sablé, puisque c'est *dans* le foyer que le tabac se consume ou pire –je ne sais- le bois d’une pipe lisse peut se désagréger lorsqu’elle est en service !!! …
Saint-Claude c’est aussi la capitale mondiale de la déconne !
Bonne pipe !

Carl Franz

Anonyme a dit…

bonjour,
une petite reponse au sujet du terme "MAITRE" Artisant (pipier,imprimeur etc ...) Le titre de maître artisan est attribué par le président de la Chambre de métiers et de l'artisanat de Paris après 2 ans de pratique professionnelle.
Tout artisant peu faire la demande.
lien:
http://www.cm-paris.fr/CMP/gerer.php?dom=Gerer&fonction=artisan
un terme donc bien générique qui peut expliquer ces interrogations.
Je en cherche pas à dévaloriser les "MAITRES ..."mais je cherchais aussi une réponse.
(je trouve ce blog très sympa,et c'est promis mes prochains coms seront moins serieux)
cordialement
Laurent :nouvellement interessé par la pipe naviguant sur les differents sites en quête de decouvertes

David Enrique a dit…

Le titre de "Maître" que s'octroient ces pipiers ou soi disant pipiers n'a rien à voir avec le titre de Maître Artisan. Pour être Maître Pipier, il suffit de payer sa cotisation auprès de la Confrérie des Maîtres Pipiers de Saint Claude... Rien à voir avec le savoir-faire.

Anonyme a dit…

C'est dingue.