25 septembre 2010

Arrière Boutique


Vous connaissez « Boutique » ? Non ?

C’est assez normal, c’est le supplément à la Revue des Tabacs, distribué uniquement aux débitants de tabac. L’intérêt de la plupart des débitants pour les tabacs et la pipe étant ce qu’il est, la revue et son supplément finissent généralement à la poubelle, ce qui est regrettable – mais compréhensible :

En effet, le supplément « Boutique » est-il un supplément à une revue, ou ce qu’on appelle une « publi-information » géante ? Et d’ailleurs qu’entend-on par « publi-information » ? On pourrait penser à une information publiée, mais c’est généralement tellement mal informé qu’on doit surtout retenir « publi » pour publicité.

Notez bien que je ne dis pas de mal de la publicité, les journaux qui vivent sans publicité se comptent sur les doigts d’une main. Elle est donc indispensable. Mais doit-elle prendre toute la place ? Doit-on confondre « revue » et « brochure publicitaire » ? Bien évidemment non, et c’est ce qui mène à quelques excès, embrouillaminis, erreurs, approximations.

J’ai donc entre les mains le dernier numéro de ce supplément. C’est divisé en deux parties. La première, « cigares, civettes, accessoires », fait 18 pages. Dont 7 pleines pages de pub. La partie « pipes, tabacs, accessoires », fait … 4 pages. Une seule publicité. C’est moins bien.

Ca n’est d’ailleurs pas la faute de la Revue : après tout, qu’est-ce qui paie le mieux, qui rapporte le plus, et qui donc a droit à plus de pages ?

La couverture (côté pipe, il y a deux couvertures pour le prix d’une), propose comme titre :

Fumeurs : ce qu’ils pensent des pipes Made in France et Maîtres Pipiers Collections d’automne

Comme je ne savais pas qu’il y avait chez les pipiers des collections d’automne, d’hiver, de printemps ou d’été, je vais voir ça de suite. Car enfin, je me demande : qu’est-ce qui fait la différence entre une pipe « collection d’automne » et une pipe « collection hiver » ?? Si j’achète une pipe automne, n’aurai-je pas trop l’air d’un plouc si je la fume en hiver ? C’est qu’on m’a assez souvent traité de snob, pour que je n’oublie pas que j’ai un rang à tenir. Vite, rendons-nous à cet article ! Heureusement, il n’est pas loin, il suffit de tourner la page.

L’article, je vous le donne : Pour se réchauffer aux premiers frimas, une bonne bouffarde est la bienvenue. Voici les nouvelles collections des maîtres-pipiers mariant classiques et créations.

Voilà, c’est fait. Vous pouvez dire dans la conversation : j’ai lu l’article. Je peux maintenant avouer que j’ai reproduit un article sans l’assentiment de son auteur. Préparez les oranges.

Mais enfin, ça n’est pas ça qui compte, il y a plein d’images. Ca fait du bien de voir enfin des photos de pipes dans un journal. Malheureusement, tout le monde n’a pas droit au même nombre de photos, et il y a des oubliés.

On compte 3 photos de BC, 2 de Chacom, 2 de Paul Viou, 1 de Gérard Prungnaud, 1 de Charles Cassetari, 1 de Thierry Melan.

Je mets les choses au clair de suite : il est tout à fait normal que ces pipiers et ces marques apparaissent ici. C’est le contraire qui serait anormal. Mais je m’interroge : n’y aurait-il pas quelques oublis ? Je dis ça, parce qu’à la page suivante, il est bien noté qu’à un certains moments, la pipe française a été vachement attaquée. Je reviendrai là-dessus bien sûr ;-)

Il me semble donc que la pipe française est bien mal défendue dans ces colonnes. Et je ne vois toujours pas le rapport entre l’automne et les pipes qui nous sont montrées.

La pipe française est bien mal défendue, parce qu’il y a quelques oublis me semble-t-il, et de taille : Morel, Enrique, Piazzolla, Nicolas, Bargiel, Courrieu, et bien sur un autre pipier que je n’ose plus citer, de peur d’une nuit bleue … Pour vous aider, c’est un pipier qui ne rate pas une occasion de dire qu’il a appris son métier avec un Danois, qu’il travaille comme les Danois, bref, que les pipes des Danois et les siennes, c’est la même chose, mais qui en même temps me reprochait de trop parler des Danois et pas assez des Français … Il faut dire qu’il a pas de chance … Voilà un numéro spécial « Maîtres Pipiers », « Pipes made in France » … il est pas dedans ! J’espère qu’une bonne âme préviendra les bureaux de la revue que ça va chauffer … Pourtant, je lui avais dit : sors des pipes pour l’automne … comme pour les champignons, c’est la saison … M’a pas écouté !

Il faut être juste, avoir une photo d’une bonne taille, et d’une qualité correcte, d’une Courrieu et d’une Piazzolla n’est sans doute pas une chose simple. Et je pense que Jean Nicolas, si gentil et si charmant, ne saurait pas où trouver ça. On ne peut donc vraiment en faire le reproche à cette revue. A moins qu’elle n’envoie un photographe sur place. Mais enfin, David Enrique propose sur son site des photos qui se suffisent à elles-mêmes. Et pour ce qui est de Pierre Morel, je me suis laissé dire qu’il avait de bonnes photos, lui aussi.

Il faut aussi préciser que Bargiel et Courrieu sont cités dans une liste à droite. Dommage que les auteurs ne connaissent pas l’existence du site de Philippe Bargiel, je les incite à visiter plus souvent le site FdP, ils y trouveront ce genre d’informations. Pour ceux qui regretteraient de ne pas voir le site de Pierre Morel dans cette liste, il faut préciser qu’il y a des délais d’impression. Donc, pas de site, ok, mais pourquoi pas de photo de pipe ?

Quant aux « Collections d’automne » ? Je ne vois toujours pas. Les deux modèles exposés de Prungnaud sont proposés depuis bien longtemps. Je vais lui écrire pour lui conseiller d’ajouter une rubrique « Collection d’automne ». Le modèle Eléphant, c’est pour l’automne. Peut-être que tout ça sera mieux expliqué dans le prochain numéro, avec un titre encore plus accrocheur, du style « Boutique vous rhabille pour l’hiver » ?

Mais comme je le disais, c’est de la publi-information, pas de l’information.

Tournons la page, et nous tombons de nouveau sur un titre bien accrocheur : Le renouveau de la pipe française.

Alors, là, ça me troue, si j’ose dire. Les mêmes gens qui sont interviewés en-dessous nous ont pourtant expliqués, longtemps, que la pipe française, y’avait que ça de vrai, que le reste n’était qu’un attrape-gogo pour gros riches, que rien ne vaut la bouffarde bien de chez nous ?

Alors, pourquoi parler d’un renouveau ?? Puisque c’était inutile ?

Bon, alors allons-y, il y a un renouveau. Cherchons le renouveau. De qui est-il question ? Quelles sont ces marques ou ces artisans cités, nouveaux, ou qui renouvellent le genre ?

….

….

….

Eh, dites, c’est pas le tout, il faut lire ! Ca se fait pas tout seul !

Bon, eh bien, je n’ai rien trouvé. Avant qu’on interprète mal mes propos, je vais citer un des intervenants : « Heureusement, des jeunes reprennent l’activité et avec le temps on peut penser qu’ils oseront sortir des sentiers battus. Pour avoir échangé avec eux, à ce jour ils demeurent dans le style des marques reprises, sans oser trop en sortir. Sans doute parce qu’ils ont déjà une clientèle d’afficionados à ses marques, mais cette clientèle se renouvellera-t-elle dans la continuité de la marque ou du moins dans le classicisme de celle-ci ?»

Cette analyse me semble plutôt bien vue. Tout au moins en ce qui concerne en tout cas les jeunes pipiers qui reprennent une marque, ou travaillent sous le nom d’une marque déjà existante. Mais c’est oublier ceux qui n’ont pas repris une marque, mais ont créé la leur. On peut pour cela proposer aussi des formes plus classiques, comme Thierry Melan, ou s’inspirer d’artisans danois, russes ou autres, comme David Enrique. Je serais curieux de savoir ce que pense cette personne, si elle allait voir la page Accord de David ? N’est-ce pas déjà cela, pour un pipier français, sortir des sentiers battus ?

Voilà donc déjà deux jeunes pipiers – ils n’ont pas commencé il y a si longtemps que cela finalement – qui n’ont pas à subir le carcan d’une marque. Même s’ils ont, déjà, leurs afficionados qui leur réclament, attendent de leur part, tel style de pipes.

Mais effectivement, pour de jeunes pipiers qui doivent marquer leurs pipes d’un nom déjà connu, le virage est certainement plus difficile à prendre. En attendant, s’agit-il d’un renouveau, ou d’une continuité – ce qui est déjà bien !

Un autre intervenant devrait subir les foudres que j’ai moi-même dû subir quand je sortais de tels propos : « Tout en gardant son esprit, Saint-Claude semble parvenir à sortir de son image de vieille carte postale poussiéreuse. » Ohlala …. Vieille carte postale poussiéreuse … Il en remet une louche : « On sort de la pipe à pépé pour de nouveaux styles » … Ouaaah … la pipe à pépé … faudra qu’il m’explique comment il fait pour sortir des trucs pareils sans être honni par ses petits camarades.

Seule chose, je ne vois pas ce qu’il entend par « nouveau style ». Et je regrette qu’il n’en ait pas parlé plus longuement. Surtout après avoir dit, en gros, que les marques étrangères ont, elles, un style ? Je précise que là il ne s’agit pas d’une critique, je regrette simplement que les propos de cette personne, avec qui, tant pis pour sa réputation, je suis assez d’accord, ne soient pas plus argumentés. D’autant qu’un autre interviewé ajoute : « Alors qu’on reconnaît de loin une Peterson, une Winslow, une Dunhill, les marques françaises ne projettent pas leurs identités comme les marques précités. Seules les pipes des artisans sont reconnaissables ».

Parmi toutes les marques françaises citées, aucune ne semble avoir donné de coup de cœur. Je serais responsable d’une grosse marque de pipe française, je me ferais du souci. D’abord parce que les réponses sont assez éclairantes : aucun modèle cité, si ce n’est un modèle de BC, et un de Chacom, sortis tous deux il y a déjà quelques années. Pas d’allusion à un modèle récent.

Il y a en outre une question posée : Quels sont vos derniers coups de cœur ? A laquelle j’ai du mal à trouver une réponse dans ces pages. Deux personnes comptent bien s’offrir une Pierre Morel. Mais je m’attendais à des coups de cœur, c’est-à-dire non pas à un nom, mais bien à un modèle en particulier.

De même, aucun artisan n’est cité, pour une de ses formes en particulier. On parle de formes classiques. Mais c’est tout. Pas de truc du genre : je rêve d’une billiard faite par X. J’ai plutôt l’impression que l’on regrette que ces jeunes pipiers évoqués fassent les mêmes choses que leurs ainés. Or je pense tout de même que ces jeunes pipiers doivent avoir des demandes.

Je fréquente Thierry Melan, qui me dit souvent qu’on lui a commandé telle ou telle pipe. En outre, ses clients ont pris l’habitude de passer boire le café, et ses pipes sont vendues avant même d’être affichées sur son site. Pour avoir une pipe de David, il faut en moyenne attendre six mois après la commande. J’ai du mal à croire que Sébastien Beaud et Gaël Coulon n’ont, eux, aucune commande de particuliers. Je crois que ce qui aurait été intéressant, c’est d’en savoir un peu plus, sur ce qu’on leur demande. Dès lors, on a l’impression que les personnes qui ont participé à ce questionnaire ne sont pas les bonnes, puisqu’elles n’ont pu répondre à toutes les questions. Je précise qu’elles, au moins, ont participé. Je m’étonne que ces questions aient recueilli si peu d’avis.

Dernière opinion, enfin opinion, c’est façon de parler, nous avons droit à l’avis du modérateur. Est-ce qu’il est qualifié ainsi car il ménage la chèvre et le chou ? Pour résumer, ça pourrait se traduire par : J’aime pas tout, mais c’est bien quand même. De même, quand il parle des « pipiers français », on ne sait jamais s’il est question des maisons pipières françaises, ou des artisans ? On ne sait pas, c’est flou. Pour être vraiment raccord, sa photo aussi devrait être floue.

Il y a en plus une petite phrase, maladroite, à propos de Pierre Morel, qui n’est cité qu’à propos de l’ouverture de son site – ce qui prouve que je m’étais trompé, il était encore temps de le signaler – et qui semble, pour ce modérateur, avoir eu besoin d’une nouvelle génération derrière lui pour se « remotiver ». Comme là aussi, des jeunes pipiers sont oubliés, je suppose qu’il veut dire que Pierre Morel a eu besoin qu’arrivent Sébastien Beaud, Gaël Coulon, Denis Blanc, ou Antoine Grenard pour se dynamiser ?

Personnellement, j’avais plutôt l’impression inverse.

Mais comme on va encore dire que je sors des propos de leur contexte, voici le paragraphe :

« Denis Blanc chez Butz-Choquin, Antoine Grenard chez Chacom, Sébastien Beaud chez Genod, mais aussi Gaël Coulon , qui a repris Lacroix et a ouvert récemment un magasin à Saint-Claude … Ces nouveaux talents, ces artisans passionnés, poursuivent aujourd’hui l’histoire de la pipe française. Grâce au renouvellement récent des générations d’entrepreneurs et de maîtres, nos pipiers continuent de réaliser une production sérieuse, de qualité, avec de beaux modèles classiques ; ils ont trouvé un équilibre prometteur, entre tradition et course à la modernité, résultat d’une pression de la critique sur Internet.

L’arrivée des nouvelles générations a permis de remotiver les troupes, apporté un dynamisme qui contamine même les plus anciens. Je pense notamment à Pierre Morel, qui fait partie des aînés ; ce grand artiste, désormais indépendant, vient justement de lancer son nouveau site Internet. »

Comme je le disais, je crois que c’est plutôt l’inverse, je pense que Pierre Morel n’a pas besoin d’une jeune génération. Je pense que la jeune génération a bien de la chance d’avoir un Pierre Morel, plutôt.

Je pense aussi que si, enfin, Pierre Morel a son site, ça n’est pas ça qui fait de lui un pipier dynamique.

Mais ça doit faire plus « jeune » de dire que sans les « jeunes », les « anciens » iraient moins bien. Et puis, c’est plus flatteur. Et tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute …

Un point plus étonnant, dans une des phrases que je viens de citer, c’est que, semble-t-il, une certaine critique a été utile, finalement ?

Comme je le disais, tout ce texte hésite entre la chèvre et le chou. Difficile de s’y retrouver. La phrase à laquelle je pense est : « ils ont trouvé un équilibre prometteur, entre tradition et course à la modernité, résultat d’une pression de la critique sur Internet. »

Mais comme tout cela est précédé de « La pipe française a traversé une période durant laquelle elle a été quelque peu malmenée, avec l’arrivée d’Internet. Sur la toile, il a existé une espèce de mode consistant à la dénigrer systématiquement – une manie assez franco-française, me direz-vous… » et que plus loin, on peut lire : « Il y a encore quatre ou cinq ans, on sentait pourtant les pipiers français démoralisés ; il avaient pris coup sur coup les lois anti-tabac et les attaques sur Internet. Malgré tout ils ont su, eux aussi, tirer profit de la toile, qui a pourtant été synonyme, dans un premier temps, de critique exacerbée, mais aussi d’une rude concurrence, quand on sait qu’on peut commander n’importe quelle pipe à l’autre bout du monde et être livré en quelques jours. Aujourd’hui, les pipiers français proposent tous des sites Internet dynamiques et qualitatifs, et tirent profit de la toile pour exporter et faire parler d’eux. »

Dans tout ce prêchi-prêcha, énième répétition de propos déjà tenus, et pourtant maintes fois démontés – comme pour les refrains, on pourrait ajouter « ad lib. » à la fin – il y a donc une grosse allusion contre certains vilains qui ont attaqué la pipe française, que c’était pas gentil, je citerai pas de nom mais suivez mon regard, et en même temps, une reconnaissance du bien-fondé de ces critiques.

Merci.

Bon, il faut pourtant un peu débroussailler tout ça, ça reste très confus.

Le monsieur semble penser que l’on a critiqué la pipe française, uniquement à cause d’internet. Bizarre. Internet contre la pipe française.

Il me semble plutôt que c’est à partir du moment où l’internet a été accessible à tous que divers avis ont pu s’exprimer et ont gagné en visibilité. Et notamment des avis qu’on ne pouvait, ou ne voulait entendre. Mais ces opinions étaient, je pense, déjà émises avant, simplement cela en restait au niveau du magasin de pipe. Mais je me trompe peut-être, après tout, il n’y avait pas grand-chose, sur le net, donc, pour occuper le terrain on n’a rien trouvé de mieux que de s’attaquer à la pipe française. Bon, bon …

Il y aurait une mode, franco-française, qui consisterait à s’attaquer uniquement aux pipes françaises ? J’invite ce monsieur à relire son forum, le sien, plutôt que les autres : il verra qu’il y a une mode, franco-française, qui consiste à taper sans aucun problème sur des marques italiennes, anglaises, sur les dispendieuses pipes danoises, américaines … et ce, sans qu’il s’en émeuve.

Et puisque ce monsieur s’érige tout seul en défenseur de la pipe française face aux attaques venues d’Internet, je l’invite à relire les propos qu’il a tenu sur son blog, sur la maison Courrieu, pourtant une maison bien française : « C'est de la grosse production. Ils ont des milliers de pipes dans leurs deux boutiques et très peu de belles. A part quelques cas, dont les fait main, les pipes Courrieu sont assez moyennes, pour être gentil... Les tuyaux sont peu soignés, les bruyères ordinaires, les sablages quelconques. Cela dit, elles sont en général peu chères et ont leur clientèle. »

Je regrette qu’il soit tombé à son tour dans ce piège du dénigrement franco-français. Ah ! le vilain sauvageon !

Le plus fort est que le monsieur qui nous cause avec des trémolos de la pipe française précisait, dans le même billet : « Et pour répondre à votre question, les pipes Courrieu sont faites à Saint-Claude: la plupart par Lacroix et pour les modèles faits à la main par Pierre Morel. »

Donc, à l’en croire, les pipes Courrieu, qui sont faites à Saint-Claude, sont assez moyennes, et encore pour être gentil. Les tuyaux sont peu soignés, les bruyères ordinaires, les sablages quelconques. En tout cas, la plupart de ces faiblardes sont fabriquées par Lacroix, dont il a dit aussi : « S’ils marquaient Dunhill dessus, ils pourraient multiplier le prix par quatre ou cinq. Seraient-elles meilleures pour autant ? » Il faudrait savoir.

Acte 1 : les pipes Lacroix sont équivalentes aux pipes Dunhill.

Acte 2 : les Courrieu sont en fait fabriquées, pour les modèles de série, par Lacroix

Acte 3 : Les Courrieu ne valent pas tripette

Résumons : la même pipe, s’il y a marqué Lacroix dessus, vaut bien une Dunhill, mais quand elle est estampillée Courrieu, elle devient moyenne. Qui a parlé de snobisme ?

Mais enfin, comme il reconnait d’autre part que cette vilaine critique a pu apporter de bonnes choses, parlons-en. Je me souviens qu’à l’époque, les reproches étaient faits surtout sur les difficultés d’aspiration. En effet, le perçage était fait à l’époque à 2,2 mm, c’est du moins ce qui nous avait été dit par quelqu’un qui avait travaillé dans une usine sanclaudienne. Or, on nous a assuré que depuis, le perçage s’approchait plutôt des 4 mm.

Nos reproches sur la question n’étaient donc pas infondés ? Pierre Morel perce à 4 mm, ça n’était donc pas si bête de réclamer cela pour des pipes faites en grande quantité ? Notre grand tort, ce qui a été travesti en « attaque franco-française », c’était donc bien d’être persuadé que les ouvriers sanclaudiens pouvaient travailler aussi bien que les autres. Quel traumatisme !

J’avais également une fois argué du fait qu’une trop grande place était donnée à des designers, et pas à des pipiers. J’avis cité des exemples, comme Stanwell ou Brebbia, qui s’enorgueillissaient d’avoir travaillé avec le gratin de l’artisanat pipier. Et pourtant, alors que le pipier maison de Chacom, Pierre Morel, vient de prendre sa retraite, c’est Tom Eltang que Chacom a contacté. Ma réflexion, et je n’étais pas le seul à la faire, n’était donc pas immorale ?

Bizarrement, je m’attendais à des hurlements : quand on défend la pipe française contre les « attaques », du dedans ou du dehors, on devrait regretter que les jeunes pipiers que l’on cite n’aient pas été conviés à assurer ce renouveau, en travaillant, en extra, comme Eltang, à apporter du dynamisme à ces vieilles maisons qu’elles en ont bien besoin ?

Non, là, pas de soucis. Yes, my Lord ! Very well, my Lord ! You don’t want French pipemaker ? Oh, you prefer a Danish ? Oh, very good, my Lord ! No problem !

Ensuite, j’ai encore une interrogation : « Aujourd’hui, les pipiers français proposent tous des sites Internet dynamiques et qualitatifs ». Un site Internet dynamique, je vois ce que c’est. Mais qualitatif ?? Un site Internet de qualité, j’aurais pu comprendre. Mais qualitatif ? J’avais entendu parler d’études qualitatives, mais jamais de sites qualitatifs ? Comme ce monsieur aime à rappeler que les mots ont un sens, je m’interroge encore sur le sens qu’il leur donne.

Quant au côté dynamique, il me semble, encore une fois, que s’il y a eu des progrès, les plus dynamiques sont encore ces artisans qui n’ont pas derrière eux toute une bureaucratie … C’est un peu normal, d’ailleurs, mais le site BC n’a plus bougé depuis un moment. Le site Chacom s’est refait une beauté, c’est maintenant un vrai site, joli et agréable à voir. Mais pour le côté dynamique, un ajout de fil RSS, par exemple, ce serait pas mal ? Apprendre par le biais du site Chacom l’arrivée prochaine de l’Eltang, là, ce serait dynamique. Voilà, je pense que depuis quelques temps, il y a eu de gros progrès, mais que côté dynamisme, y’a encore quelques petits écrous à serrer.

Le monsieur n’a pas pu non plus répondre à la question « Quels sont vos derniers coups de cœur ? ». Il a préféré passer une publicité pour un dictionnaire qu’il a écrit tout seul tout entier, puisqu’il le signe. Mais c’est normal, dans ce dictionnaire, il y a Saint-Claude et Givet, alors…

Publi-information. Omettre de citer de jeunes pipiers, mais ne pas oublier de placer sa marchandise.

Voilà, on ne sait pas finalement grand-chose de plus, après lecture. On reste sur sa faim. Non pas à cause de ce qu’ont cru bon d’écrire les participants, mais parce que personne n’a rebondi sur leurs avis. Encore une fois, tout n’est pas à jeter dans tout ça. Mais on peut se demander à quoi tout cela rime ? Quelle est la finalité de la chose, si ce n’est du remplissage, qui arrange les uns et les autres ? Enfin, pour qui roule « Boutique » ?

Oui, à quoi sert tout cela ? En quoi cela sert-il la pipe française, et la pipe en général ? Franchement, à part remplir quelques pages, et faire plaisir aux participants qui ont leur photo dans le journal, tout ça pour quoi, en fin de compte ? Vues le nombre de publicités, je pense que cela sert, avant tout, l’éditeur de la revue. Quant à la pipe, elle s’en remettra.

23 septembre 2010

Une golden billiard de Dirk Claessen


Voilà longtemps que je n'ai parlé ici d'une nouvelle arrivante, et pour cause. Si je voulais garder un certain rythme, je devrais parler des pipes dont je me sépare, contraint et forcé. Mais ce serait beaucoup plus triste.

Voilà donc un rayon de soleil ! Dernièrement, est arrivée à la Compagnie des Pipes la dernière fournée, si j'ose dire, de Dirk Claessen. Et comme à chaque fois qu'arrive un nouveau lot de pipes, d'emblée certaines pour moi sortent du lot. Cette fois, c'est cette petite "golden billiard". Dirk a bien fait de la prénommer "golden", cette petite pipe, c'est vraiment de l'or. Sa teinte n'est pas sans rappeler les Le Nuvole et Cavicchi. Et puis Dirk vient de s'installer un nouvel atelier, avec un compresseur, et ce sont ses premières sablées que je tiens entre les mains.

On a trop souvent tendance à employer des mots dont on détourne le sens : photographier cette pipe, la mesurer, n'a pas été un calvaire, il y a loin d'une croix à une pipe de 27 grammes. Mais enfin, il y a des fois où ces tâches sont plus amères que d'autres, parce qu'on sait bien que cette pipe, elle ne va pas faire long feu. On se dépêche d'en profiter. Et cette pipe, je l'ai bien regardée. La seule chose que je me suis retenu de faire, c'est de la porter en bouche. Mais c'était bien tentant.

Or donc, je photographie, filme, caresse, choye cette pipe. Vient le moment de la mise à jour. Et deux heures plus tard, commande de Claude Wyss. Claude avait passé la deuxième commande à la CdP, et c'était, déjà, une pipe de Dirk.

Il y a une chose qu'il faut bien savoir, pour peu que l'on s'intéresse à mon cas, c'est que plus une pipe me plait, plus je suis heureux de la voir partir vite. Bien sur, parce que comme cela je ne suis pas soumis à la tentation et aux regrets. Ensuite, parce que c'est toujours plaisant de voir qu'une pipe qu'on aime beaucoup est aimée par un autre. Là, la cerise sur le gâteau, c'est que cette pipe que j'aime tant, c'est Claude Wyss qui l'avait choisie.

Quand Claude Wyss choisit encore une fois une Claessen, c'est une bonne nouvelle pour nous, et pour Dirk. D'autant plus qu'il ne nous a pas attendu, et qu'il en a commandé d'autres à Dirk, directement.

L'avis d'alerte de stock, comme ils disent chez Paypal, arrive, et l'avis de paiement le suit. Je vois donc que c'est Claude qui est l'acheteur, et j'en suis ravi. Je le lui écris donc pour lui dire. Je suis vraiment enchanté qu'il ait choisi celle-ci. Pour les raisons que j'ai évoquées plus haut, et surtout parce que cela confirme la haute opinion que j'ai de mon bon goût -encore que dans certains cas, je comprends que ça puisse se discuter.

Et Claude me répond ceci, en gros : eh bien Guillaume, si cette pipe est ta préférée, je pense que si tu avais pu, tu te la serais offerte. Donc elle est à toi.

Voilà, c'est aussi simple que ça. Difficile d'en dire plus, ça ferait appel du pied, et surtout ce geste se suffit à lui-même.

Cette pipe est la 62ème vendue par la Compagnie des Pipes. Il m'aura donc fallu 61 pipes pour enfin avoir une pipe de la CdP ! Et c'est surtout ma première Claessen.

Je ne vous cacherai pas une certaine excitation au moment d'aller sortir la pochette de l'armoire, d'ouvrir la pochette, et de regarder cette pipe droit dans les yeux pour lui dire : nous allons vivre ensemble. Chaque fumeur me comprendra.

Bien sûr, je l'ai enfin mise en bouche. Bien sûr je ne suis pas pipier. Peut-être que dans quelques temps, Dirk pourra dire : je le ferais mieux maintenant, ce bec. Peut-être. Mais ce bec, c'est exactement celui qu'il faut à cette pipe. Le maître mot, confort, est là. Ca se sent juste ce qu'il faut, c'est présent sans être envahissant, ça se cale parfaitement.

Bon, allez, on fume. Je trouve qu'un fourneau de cette taille convient très bien aux mélanges VA/perique. Il me reste une boite qui convient. Allumage.

J'ai beau essayer d'être pondéré, j'ai beau essayer d'être sur mes gardes, finalement la première impression est toujours la bonne. Ca ne trompe pas. J'en suis maintenant à quelques fumages, et je n'ai pas changé d'avis. Je crois que la décision que Dirk a pris de s'établir comme pipier est la meilleure idée qu'il a eu de sa vie. Notez qu'il en a peut-être eu des tas d'autres, je ne saurais dire. Ca n'est peut-être pas la meilleure finalement, mais c'est une très bonne idée qu'il a eu.

D'autant plus qu'à lui le travail, et à nous le plaisir. C'est tout à fait égoïste bien sûr, ce que je dis là. Mais c'est vrai. Et on ne peut que se frotter les mains, en attendant les prochaines.

13 septembre 2010

Aujourd'hui, nous sommes lundi !

Comme nous l'annoncions déjà l'année dernière, le 13 septembre 2010 tombe bien un lundi. Nous avions effectivement été les premiers à vous donner cette nouvelle, en exclusivité. Certains argueront qu'ils savaient eux aussi qu'aujourd'hui serait un lundi, mais qu'on leur avait demandé de ne pas le dire. Eh bien tant pis pour eux ! Pour avoir un scoop, il faut savoir cracher le morceau, ils n'avaient qu'à le faire avant nous. Si on leur demande de tenir leur langue, et qu'ils le font, tant pis pour eux, et tant pis pour leurs lecteurs.

Bien sur, nous ne dirons pas que ce lundi tant attendu, tant espéré, avait déjà été annoncé dans un autre blog. Surtout pas, nous tenons à annoncer les trucs que tout le monde connait déjà en y ajoutant le mot : scoop ! Parce qu'avec scoop, c'est vachement plus dansant. Et puis, nous ne parlons des autres blogs que par allusions, et uniquement quand il s'agit de déconseiller de s'y rendre. C'est déjà pas facile ... si en plus fallait reconnaître le travail des autres ... Non, nous nous en tenons à notre ligne de conduite habituelle : soit on enfonce, soit on ignore superbement.

Certains d'entre vous ont d'ailleurs du être surpris de recevoir un mail, leur donnant le lien de ce billet. C'est qu'après nous être essayés au typosquatting, nous nous sommes lancés, avec un certain bonheur, dans le spamming. C'est très simple : il suffit de s'inscrire anonymement sur les autres forums, de récolter soigneusement les mails des personnes qui y participent, et on obtient ainsi un fichier assez facilement. Enfin, facilement, c'est une façon de parler, c'est un travail de copiste, mais la copie, ça nous connait. Nous pouvons affirmer que nous n'avons jamais eu d'idées, jamais rien inventé, jamais rien apporté, si ce n'est un lot de calomnies assez conséquent. On peut donc nous reconnaître une certaine opiniatreté.

Bien sur, si d'autres s'essayaient aux mêmes procédés, nous les dénoncerions avec fermeté. Ceux qui ont entendu notre "Complainte de l'Anonyme", ainsi que notre opérette, "Gnafron et les inconnus", n'ont pas manqué d'applaudir. Nous avons même eu des bis. Malheureusement, nos confrères ne pratiquent pas le spam. Ce serait une belle occasion de jouer les pères la pudeur, et nous nous boucherions le nez avec délectation, mais bon, ces imbéciles ont sans doute d'autres choses à faire. C'est dommage, mais c'est comme ça.

Voilà, tout ça pour vous annoncer, mine de rien, sans y toucher, ce lundi 13 septembre 2010. Nous qui avons nos entrées au calendrier, et qui avons de bonnes relations avec dimanche et mardi, nous savions que lundi n'allait pas tarder à arriver. Effectivement, entre dimanche, jour du Seigneur, et lundi, jour de la lune, le courant est passé. Et cela a donné ce lundi 13 septembre.

Nous pouvons déjà affirmer que ce lundi sera décliné en plusieurs version, notamment le 20, le 27, le 4 octobre - un cru que nous attendons avec impatience, etc. ...

Mais nous en reparlerons, bien sur, on sent qu'on tient là un bon filon. Nous continuerons à graisser la patte du calendrier pour vous donner d'autres scoops. Et si d'aucuns s'aventuraient à faire des remarques sur nos façons de faire, nous pousserions de forts soupirs, en pensant que la jalousie et l'aigreur sont de bien vilains défauts.

Nous pouvons déjà vous parler d'un certain vendredi 1er avril ... nos lecteurs les plus attentifs auront vu passer, rapidement, un scoop, encore un, que nous préparons avec amour. Il faut dire aussi qu'un gag de 1er avril, qui ne demande pas d'explication, qui ne nous obligera pas à préciser après qu'il s'agit bien d'un poisson, ca se prépare ...

A bientôt, donc, pour de nouvelles aventures !

A voir également : un samedi bien connu

02 septembre 2010

Pierre Morel ouvre son site




Voilà que décidément, moi qui ne voulait pas faire office de journal d'annonces, après le nouveau site de Trever et Emily Talbert, le blog de Patrick Cornu tout récemment, je vais encore parler de l'ouverture d'un site. Il vient d'ailleurs tout juste d'ouvrir, et n'est pas encore tout à fait opérationnel, mais depuis le temps qu'il en était question ...

Enfin, après des mois de tergiversations, Pierre Morel a enfin son site ! Vous pouvez vous y rendre en cliquant sur le titre du billet. Je peux me permettre d'en parler enfin, puisque voilà longtemps que je pousse Pierre à avoir son site. C'est que de nos jours, outre le savoir-faire, il y a le "faire-savoir".

C'est là sans doute que le bât blesse Pierre, qui n'est pas du genre à s'extasier sur son travail pendant des plombes. Cela explique sans doute le temps qu'il a fallu pour voir ce site en ligne. Cela explique aussi le peu d'informations que l'on peut avoir sur Pierre en le visitant. Je me permets ici de redonner trois liens, pour ceux qui voudraient en savoir plus sur lui. J'ai même du ajouter ces liens sur le site Pipedia. - il y avait eu des oublis ... Il me semble qu'ils apportent un éclairage intéressant et complet sur un homme (trop) discret.

Il y a d'abord, vous ne m'en voudrez pas d'en parler, puisque Pierre Morel a travaillé avec moi à cette petite page :

Fumeurs de Pipe - Pierre Morel

Cette page, il me semble, comblait déjà un vide, puisque c'est le minimum d'informations que j'aurais aimé trouver sur lui quand j'ai fait mes premiers pas sur le web.

Il y a ensuite, pour ceux qui voudraient en savoir plus, l'interview de Pierre par Erwin Van Hove, la plus complète à ce jour :

Conversation avec un porte-drapeau

Et, par chance, puisque par exception il est accessible en ligne, pour les non-abonnés, cet autre article du même Erwin Van Hove pour le numéro d'été de la revue Pipes and Tobaccos :

The last Emperor

Je me permets donc de les signaler puisque le fumeur lambda peut entendre bien des choses sur Pierre Morel, bien éloignées de la réalité. Il fut un temps où l'on pouvait trouver au magasin le Caïd, à Paris, trois pipes de Pierre dans un rusticage tout à fait étonnant, superbe. La charmante vendeuse vous expliquait que Pierre Morel, pour les réaliser, était quasiment entré en transes, dont il avait mis longtemps à se remettre. On imaginait donc facilement un type travaillant les nuits de pleine lune, avec des poils qui poussent partout, en poussant des hurlements. Quand j'en ai parlé à Pierre, en regrettant qu'il n'ait pas remis le couvert, il m'a tout simplement dit qu'il avait laissé tomber, parce que c'était effectivement fatiguant à réaliser. Pas de transes. Pas de fièvre. Juste le souci du travail bien fait.

Voilà, la visite n'est pas à sens unique, vous pouvez aller voir le site de Pierre, visiter le showroom, la galerie,  puis aller lire ces articles, ou lire d'abord ces articles, puis aller voir le site, la galerie, puis le showroom (je pense d'ailleurs que tant qu'à faire, on pouvait rassembler les deux). Dans tous les cas la promenade sera belle.

C'est qu'il est indispensable, de nos jours, d'être présent sur la Toile. Je dois ajouter que, lorsqu'on voit la facilité avec laquelle certains s'intitulent pipier, ouvre un site souvent fort beau, et présentent leurs "œuvres" à des prix qui imposent le respect, on est très content de voir qu'enfin certains "passent à l'acte".

Un site pipier est toujours une bonne nouvelle. Un nouveau site pipier en France est un évènement. Et quand c'est celui de Pierre, on a l'impression que justice est faite.

26 août 2010

Mon amie la Pipe



Voilà le titre du blog que vient d’ouvrir Patrick Cornu, du Cadre Noir à Epinal. Et d’emblée je me vois obligé de faire un petit reproche à Patrick. Le titre est faux. Il est trop modeste. Ca n’est pas « mon amie la pipe », mais « l’ami de la pipe » qui aurait du servir de titre.

Car Patrick Cornu est l’ami des pipes. Dans une période où il est tellement plus facile de fourguer des cigarettes à ses clients. Dans une période où l’on demande au bureau de tabac de faire office de représentant de la française des Jeux.  Dans une période où le bureau de tabac remplace le bureau de Poste. Dans une période où il faut aussi être marchand de journaux.  Où il faut classer, répertorier, noter les invendus, devenir marchands de films en dvd,  marchand de miniatures, marchand de maquettes, marchand de tout, sauf de tabac finalement.

Bien sûr, on pense à Asterix. Seul un petit magasin résiste à l’envahisseur. Et Patrick Cornu résiste. Il est l’un des très rares, et sans doute le seul, à persister à proposer tous les mélanges pour pipe disponibles en France. Il a été le premier, et le seul débitant de tabac à proposer des pipes de Marco Biagini. Il a proposé des Ardor. Et tout récemment, il présente des Armellini.

On pourrait penser que son statut, unique en France, lui assure une certaine tranquillité. C’est bien mal connaître le marché, et surtout le bonhomme. Patrick Cornu collectionne les sites. Il y en a que ça pourrait amuser. Mais il faut penser que tout ça ne se fait pas tout seul. A l’heure où certains pleurnichent car on leur demande de bosser un peu plus, il y a encore des types qui sont au travail à six heures du matin, sept jours sur sept. Outre une charge de travail que connaissent ceux qu’on appelle les débitants de tabac, il y ajoute celle que réclame la mise en place de plusieurs sites. J’avais croisé Patrick à Paris, il était de passage. Il m’annonçait tout content qu’il prenait ses vacances en Italie, et qu’il espérait pouvoir proposer des Armellini à la rentrée. Et il l’a fait. Parce qu’il y a des gens, comme ça, qui, même en vacances, vont encore au boulot. Je note la chose car, ayant contacté la splendide madame Armellini, pour pouvoir proposer une page sur cette maison, je suis resté le bec dans l’eau. Ca n’est grave pour personne. Mais Patrick a voulu ses Armellini, il les a eues.

C’est dire qu’il faut en plus ajouter une certaine dose d’obstination au bonhomme. D’ailleurs, regardez-le. On se demande bien ce qu’il fabrique à Epinal. Non pas que je veuille du mal à Epinal et à ses habitants. Mais enfin, je ne peux m’empêcher d’imaginer Patrick, pipe au bec, et casquette au crane, à la barre d’un bateau de pêche, en Bretagne, allant travailler qu’il vente, pleuve ou neige, ou les trois à la fois. D’ailleurs, par temps calme, je crois qu’il s’ennuierait.

Il lui faut donc de la houle, du ressac, de la brise, de la tempête, du gros temps, des embruns en pagaille … Il y a un autre Titanic, dont on ne parle pas, c’est celui des fumeurs de pipe. Des amateurs de cigare. De ceux qu’on appelle des fumeurs tout court ; comme on parle des indiens, en oubliant les Cherokees, les Apaches, les Pawnees, les Sioux, et les autres … toutes sortes de gens qu’on a rangés dans des réserves, en faisant des attractions pour touristes. Et qui nous semblent si proches, alors qu’il n’en est rien.

Il y a donc un navire, j’allais dire une vedette, mais le terme est trop léger, trop vacancier, trop marin d’eau douce, il y a donc un paquebot Cadre Noir à Epinal. Il y a juste qu’à la différence des paquebots, le personnel est réduit. Il est même très réduit puisque le commandant de bord fait aussi office de cuistot, de marin, de steward, de mécano, etc. … Le commandant Cornu tient bon la barre, fait tourner le moteur, vous mitonne des petits plats, et vous les propose tout cuits dans votre assiette.

Voilà donc qu’en plus de cela il vient d’ouvrir son blog. Vous pouvez vous y rendre directement en cliquant sur le titre de ce billet. Dans ce blog, Patrick va trouver le moyen de parler de pipe. Je ne crois pas que l’on y trouvera de grands discours. Il va simplement partager les nouvelles. Nous donner le menu. Donner la parole aux voyageurs qui font la croisière avec lui.

On ne peut donc que lui souhaiter : Bon vent !

23 juin 2010

Une grande cause nationale ? La lutte contre les antidépresseurs



Quand j’étais enfant, ce qui, je le sais bien, commence tout de même à remonter loin, mes parents pouvaient m’envoyer acheter leurs cigarettes au tabac du coin. En effet, la grosse dame pouvait donner des paquets de cigarettes à un enfant, sans pour autant tomber sous le coup de la loi, et se faire verbaliser.
Quand j’étais enfant, les grandes personnes pouvaient boire et fumer à table sans que leurs rejetons, bien dressés par leurs professeurs, ne viennent leur faire la leçon.
Quand j’étais adolescent, la vie était beaucoup plus simple. Pour l’équivalent d’un euro et demi, je pouvais, en période de dèche – je m’entrainais – m’acheter une bouteille d’un très honnête Côtes du Rhône, un camembert coulant à souhait et non pas réfrigéré comme il se doit maintenant, et un gros pain de seigle : avec un euro et demi, je faisais mes deux repas du jour.
Quand j’étais enfant, ou adolescent, il y a une chose que je ne sentais pas sur mes épaules, c’est l’Etat. Il y avait déjà des personnes pour s’occuper de mon éducation, à commencer par mes parents. Devenu une grande personne, passé la majorité, l’Etat a commencé à s’intéresser à moi.
A l’époque, il m’avait simplement promis que passé mes dix-huit ans, j’aurais la chance, comme grande personne, de faire deux choses : aller dans les cinémas X, et voter. Je n’ai fait ni l’un ni l’autre.
Et c’est dommage, quoique pas irréparable, parce que finalement, ces deux chose-là, on me les offrait comme un bonus, un cadeau. C’est qu’à l’époque, on me fichait la paix.
Puis on a commencé à me dire que ma santé intéressait l’Etat. Et j’ai vu le brave ouvrier parisien s’engouffrer dans des voitures de trains de banlieue, où il pouvait fumer, lire son journal, causer avec ses compagnons de voyage.

Depuis, les choses se sont arrangées : les voitures ont été changées. Elles sont belles. On n’y fume plus. L’ouvrier parisien est parti travailler ailleurs. Il ne prend plus ces lignes. Il a été remplacé par des personnes bien habillées, mais très, très fatiguées, et très, très démoralisées. Elles ne se parlent plus. Elles évitent les regards. C’est qu’en plus les voyages ne sont pas de tout repos. On fait de mauvaises rencontres. Et puis, elles ne sont pas sures d’arriver chez elles. Ou elles craignent d’arriver en retard au travail. C’est que le patron, au bout d’un moment, ça le fatigue d’entendre parler de retards des trains, de caillassage des wagons, de grève des contrôleurs ou des conducteurs.

Alors, le voyageur, qui ne peut plus fumer, à qui on répète que boire du vin, c’est pas bien non plus, qui lit toutes ces mauvaises nouvelles, qui prend son train de banlieue la peur au ventre, est allé voir son docteur.

Ca n’est plus son vieux médecin de famille, celui que l’on pouvait appeler en cas de gros pépin même en pleine nuit, et qui se déplaçait tout de suite. Non, il a pris sa retraite. Il a été remplacé par une jeune homme, ou une jeune femme, très propre sur lui, avec plein d’assurance, et qui n’ oublie pas de lui conseiller une radio des poumons, parce que fumer c’est mal. Boire c’est mal. Manger de la charcuterie, c’est mal. C’est mauvais pour sa santé.

Mais malgré tout, le médecin peut l’aider. Il va lui donner plein de petites pilules, qui, comme disait Voltaire, ne sont même pas dorées.

Il va lui donner des pilules pour l’aider à s’endormir.

Il va lui donner des pilules pour continuer à dormir.

Il va lui donner des pilules pour se réveiller.

Des pilules à prendre avant les repas. Au milieu des repas. A la fin du repas.

C’est déjà pas facile de ne pas pouvoir commander cette assiette de charcuterie, avec un petit verre de blanc, et même deux, puis de déguster une bonne cigarette avec son café. Ou un bon cigarillo. Ou une bonne pipe.
Non, comme on prend soin de sa santé, il va commander quelques radis, mais sans beurre.

Voilà qui va le mettre en joie pour toute la journée.

Il va être heureux de prendre soin de lui. Il va être heureux de ne pas manger comme il le voudrait. Il va être heureux de boire une eau minérale qu’il achètera plus cher qu’avant il ne payait son vin. Il va être ravi de finalement ne pas fumer, parce que pour lui c’est bien. De gré ou de force, il sera heureux.

Il se console en se rappelant de ce que lui a dit le docteur, de ce qu’il a entendu à la télé, de ce qu’il a lu dans les superbes revues scientifiques comme Voici, Houpla, Femmes des années X, (qu’il a pu parcourir dans la salle d’attente du médecin) :

Le beurre, il ne faut pas. Nos ancêtres en consommaient, les malheureux. Ils sont morts.

Le tabac, il ne faut pas. Regardez, le dernier poilu de la guerre de 14, fumeur de pipe : il est mort.

Le café, Balzac en buvait sans arrêt, regardez où ça l’a mené : à la tombe.

La charcuterie : ne songe-t-il pas avec horreurs à tous ces vieux paysans qu’on lui a montré à la télé, en les sous-titrant, comme s’il s’agissait de tribus inconnues d’Afrique, avec leur visage couperosé, et leurs mains mal soignées ? Cela surtout l’a marqué : pour lui, il l’a bien vu à la télé, dans les revues, la vie au grand air, c’est au bord de la mer, à côté de la piscine, sous trois couches de protection solaire. Et ça laisse les mains propres.

Mais enfin, tout cela lui laisse tout de même un petit sentiment de malaise … C’est qu’outre ses envies contrariées de café, de tabac, de charcuterie, de vin, d’apéritif, il se méfie maintenant, même quand il est dans la rue. C’est que dans la rue, l’air n’est pas filtré, climatisé. C’est plein de miasmes, tout ça. Et il le voit bien, on lui annonce des épidémies de grippes, on prépare les masques protecteurs, on conseille de ne pas aller dans les endroits où il y a du monde, comme les cinémas, les théâtres. Il n’y a que le métro qu’on lui autorise, parce que les transports en commun, ça, on ne peut pas les arrêter, faut tout de même que la machine continue à tourner.

Il espère un jour pouvoir travailler à domicile. Ne plus avoir à sortir. Rester dans sa bulle, protectrice. Il ne fumera pas. Une loi aura obligé son propriétaire à installer un détecteur de fumée. On pourra savoir s’il fume chez lui. Mais c’est pour son bien. On peut très bien vivre sans sortir de chez soi. Passer ses commandes par internet. Bien sûr, il vient de lire que sa banlieue fait partie des endroits que la grande surface ne livre plus passé midi. Trop dangereux. On peut le livrer, entre six et huit heures du matin, en camionnette banalisée. Mais ça, ça n’est pas si gênant, après tout. Tant qu’il n’a pas à sortir.

Il n’a même plus besoin d’aller au cinéma : il peut se contenter de commander un film qu’il verra directement sur sa télé, sans sortir de chez lui, et risquer d’attraper des maladies. Et même les popcorns qu’il s’offre pour l’occasion, popcorns sans sucre bien évidemment, sont bien plus hygiéniques que ceux vendus dans les salles.

Pas de frais de sortie, la projection lui coûte moins cher. Et les producteurs de cinéma, depuis quelques temps, se sont rendu compte que pour faire rêver, il n’est nul besoin de dépenser des fortunes en tournages lointains et coûteux, de même qu’en trucages splendides. Ce qui fait rêver, maintenant, ce sont les films historiques. Rendez-vous compte : ces époques où on ne connaissait pas les vaccins, où les banquets magnifiques, sangliers rôtis, gibiers, fruits et légumes des paysans, étaient accompagnés de libations, le vin servi du tonneau dans les carafes, sans vérifier le degré d’alcool, sans tester quoi que ce soit. Après ils pouvaient prendre le volant, vu qu’il n’y avait pas de volants, mais des chevaux, qui connaissaient la route. Il faut dire que ces abrutis de seigneurs n’avaient pas encore forcés leurs abrutis d’agriculteurs, vu qu’ils ne connaissaient pas, les imbéciles, les mérites des engrais chimiques, à prendre les mangeurs de légumes au sérieux. On voit même des scènes, mais c’est peut être exagéré, où les seigneurs, après avoir fait la guerre, revenaient arroser ça, écoutaient les baladins chanter la victoire en vers, puis grimpaient leurs femmes. Sans prendre de précautions. On croit rêver.

C’est que notre bonhomme, enfin civilisé, après des siècles de sauvagerie, n’a plus à décider quoi que ce soit par lui-même. L’Etat décide pour lui. Autant vous dire qu’à voir ces films, le dépaysement est assuré. Les producteurs ont vite compris qu’il ne servait à rien de servir du film de SF à tout va : le futur est déjà là. On murmure même que se préparent de nouvelles productions, encore plus fantastiques. Les films se dérouleront dans le Paris des années 50. Le héros rentre dans un bar, enfumé ! Il demande, dans un langage inhabituel, (il dit s’il vous plait), une boisson alcoolisé, alors qu’il a laissé sa voiture garée devant l’entrée ! Il prend des cacahuètes, non stérilisées, dans une coupelle, même pas dans un sachet plastique ! Il laisse tomber la cendre de sa cigarette par terre ! Gros plan sur la balayette de la tenancière du bar, qui, sans même s’enduire les mains d’un désinfectant liquide, s’attelle à la production d’un sandwich jambon-beurre. Elle précise que le jambon – on la voit découper une tranche, on verra un vrai jambon ! est fait par son oncle, retraité, qui a quelques bêtes et vient juste de la livrer. Puis, le client demandera un paquet de « goldo », paquet de cigarettes que cette dame sortira nonchalamment de sous le comptoir, avant de rendre la monnaie et de servir un demi de bière de la même main.

Bon, je vous parle là d’une production qui mise sur le sensationnel. Il n’est pas certains que ces images soient visibles du public sans que cela ne crée de remue-méninges. On craint les réactions apeurées, les cauchemars, tout ce qui pourrait rendre le travailleur moins productif au travail. Peut-être une interdiction aux moins de seize ans ?

Cet homme a donc tout pour être heureux. Il vit par procuration, et frissonne à moindres frais. Simplement, dernièrement, il s’est rendu compte que, arrivant trop tard à la pharmacie, il n’avait pu reprendre sa dose habituelle de pilules. Et voilà que, par désœuvrement, il a lu toutes les petites lignes, en bas des papiers qu’il y a au fond des boites de médicaments. Puis il est allé sur internet, après avoir nettoyé son clavier.

Dépendance : symptômes du sevrage, maladie iatrogénique (provoquée par le médecin), qui peut entraîner un arrêt de travail. Dyskinésie tardive / dystonie, Parkinsonisme, akathisie. L e syndrome sérotoninergique est une condition potentiellement mortelle causée par un excès de sérotoninergiques. La classe des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (ISRS) semble être celle ayant le plus de propension à causer une dysfonction sexuelle. les antidépresseurs sont un moyen mais aussi une cause de suicide – et c’est l’akathisie, ce trouble neurologique occulté, qui joue le rôle de facteur déclenchant. Il y a maintenant des preuves que les antidépresseurs du type ISRS(Selective Serotonin Reuptake Inhibitor) comme le Prozac, le Paxil, et le Zoloft causent des dommages au cerveau. EFFETS SECONDAIRES DES ANTIDÉPRESSEURS : Suicide Agitation extrême Hostilité et agression Réactions de sevrage D'autres effets secondaires Défauts de naissance. Certains types d'antidépresseurs peuvent doubler le risque de développer un cancer du sein, selon une étude canadienne.

Voilà. Il a compris. Tout ça n’est que de la poudre aux yeux. On lui a dit qu’on pensait à sa santé. Qu’on voulait absolument qu’il vive vieux – on est si heureux dans les maisons de retraite, quand on peut se les offrir. On lui a surtout dit qu’il risquait d’être dépendant. Et il se rend compte que, grâce à tous ces bons soins, il l’est devenu. Il se rend compte que toutes ces jolies pilules, non seulement l’ont rendu dépendant, mais qu’elles pourraient lui avoir collé certaines maladies. Grâce auxquelles il pourra jouer avec d’autres pilules.

Et il se demande : on m’a parlé de la journée sans tabac, des risques liés à la consommation d’alcool, des risques liés à une mauvaise consommation, avec de la mauvaise nourriture. Pourquoi, pourquoi n’y a-t-il pas de journées sans antidépresseurs ? De Grande Cause Nationale, annoncée, dans un grand moment d’émotion, par le Président de la République ? Pourquoi les pouvoirs publics ne signalent-ils pas plus souvent que la France est la championne toute catégorie de consommations d’antidépresseurs en tous genres ? Pourquoi des médecins, après nous avoir fait la leçon, nous gavent-ils de toutes ces petites pilules, en nous rappelant qu’il faudra revenir pour la prochaine ordonnance ? 
Pourtant, tous, ILS NOUS AIMENT ?

Petit post-scriptum à l'attention des imbéciles, il se reconnaîtront :

Mon dernier billet a recueilli des commentaires assez peu sympathiques. Bien sur, ils étaient anonymes. Et bien sur, ils ne seront pas affichés. Je sais que certains trouvent normale la chienlit qu'on trouve en certains lieux. Qu'ils y restent. On ne les verra pas ici.

L'un d'entre eux m'a écrit notamment ceci : "Je suis tout de même étoné que tu ne dézingue pas Jantet, une pipe Française Oo"

Bien sur, le courageux anonyme annone bêtement des accusations sans fondement, mais ça je l'ai déjà suffisamment démontré. Je peux juste signaler à ce courageux défenseur de la pipe française que ça s'écrit "Jeantet". Tant qu'à se lâcher derrière son écran, en bavant, autant écrire les noms correctement ? Ca commence comme le prénom, Jean, puis tu ajoutes TET. Voilà. C'est simple. Même toi tu peux y arriver ;-)

10 juin 2010

Elégance

Je crois qu'il faut aussi parler d'élégance.

Au moment où certains persistent à nager dans les eaux d'aisance, au moment où l'on utilise de faux pseudonymes pour faire les questions et les réponses, au moment où certains expliquent qu'ils ne veulent blesser personne, après les avoir abreuvés d'injures, au moment où l'exagération et l'outrance de personnages boursouflés n'intéressent plus qu'eux-mêmes, au moment où l'on peut se faire injurier sans que les bons esprits y trouvent à redire, oui, il faut signaler ceux qui sont au-dessus de la mélée.
 
Voici quelques temps, une dame, qui se retrouvait avec une centaine d'anciennes pipes Jeantet, neuves, sous leur emballage, me contacte car elle ne sait que faire de toutes ces pipes, et voudrait les vendre. Comme je n'ai aucune idée de la valeur de ces pipes, je me contente de passer mots et photos sur le groupe.

A ce moment là, celui que tout le monde connait sous le pseudonyme de JPP m'écrit. On ne dit plus Jean-Pierre Petyt, mais JPP, comme BHL, ou BHV. Jean-Pierre Petyt tient une civette en Belgique. La Belgique a déjà la chance de pouvoir proposer un large choix aux amateurs, mais en plus, elle a, outre de nombreuses civettes, elle a JPP.

Jean-Pierre Petyt se fait remarquer, parce que non seulement il sait de quoi il parle, mais qu'en plus il en parle peu. Si vous voulez connaitre quelques détails sur le Semois, les vrais Semois, les faux Semois, demandez à JPP.

Si vous cherchez une pipe, et que vous avez la chance d'habiter en Belgique, passez donc voir JPP. Jean-Pierre a des opinions, il n'en fait pas était, mais il y est fidèle.  Il propose toujours le travail d'un pipier qui s'était fait dézinguer par de mauvais esprits, parce qu'il sait que ces pipes sont toujours très demandées. JPP parle peu, mais il agit : il repasse commande.

Or donc, voilà qu'ayant lu cette annonce, Jean-Pierre Petyt prend la peine de me contacter en privé, pour me demander si ça m'ennuierait qu'il écrive à cette dame pour acheter le lot. C'est que Jean-Pierre sait que j'ai un site de vente de pipe, et qu'il a pu penser que j'étais sur le coup. Première élégance.

J'encourage Jean-Pierre à y aller, il contacte donc cette dame. L'affaire se fait. Jean-Pierre, pour me remercier, me dit qu'il me met de côté les très jolies boites cartonnées dans lesquelles étaient rangées ces pipes. Je dois dire que ces boites me plaisaient beaucoup.

Quelques temps plus tard, j'apprends que finalement la dame n'a pas inclus les jolis cartons dans l'envoi ... Cette dame n'a d'ailleurs pas pris la peine de me remercier.

Mais à la place, Jean-Pierre m'a réservé une pipe.

Voilà, vous voyez, l'élégance, c'est ça.

A côté de cette jolie Jeantet, qui est dorénavant ma pipe du dimanche matin, vous voyez un très joli bourre-pipe. Ce bourre-pipe est en merisier. il a été réalisé par un membre du groupe. Oui, j'emploie toujours le mot bourre-pipe. Certains, pourtant prompst à s'élever contre les snobismes de toutes sortes,  ont sous-entendu que l'emploi de ce mot n'était pas valable, ils lui préfèrent tasse-braise. Ils ont tort.

Si vous prenez un bourre-pipe tchèque, le modèle habituel que l'on trouve encore dans tous les bureaux de tabac, vous verrez qu'il est composé de trois pièces : le pic, la cuillère, et le tasse-braise. S'obstiner à appeler tasse-braise un bourre-pipe est donc aussi bête que de vouloir s'obstiner à lui donner le nom de cuillère, ou de pic.

Ce bourre-pipe, donc, m'a été gracieusement offert par la personne qui l'a réalisé, après m'avoir laissé le choix entre deux modèles. C'est celui-là qui m'a tapé dans l'oeil. Et bien, cette forme est élégante.

Elégance extérieure, bien sur. Mais ça n'est déjà pas si mal. Et l'élégance extérieure devient aussi difficile à trouver que l'élégance de pensée, ou d'action. Cyrano disait : Moi, c'est moralement que j'ai mes élégances.

L'exemple est toujours à méditer, quand certains s'imaginent qu'Elégance, ça doit être une marque de dentifrice ?

P.S.
Suite à mon dernier billet, une personne anonyme, qui ne s'exprime qu'en donnant des liens internet, a cru bon de m'envoyer un lien vers une page où il est question d'un pipier corse ?
Je dois avouer que je n'ai pas bien compris pourquoi ?
Je ne vois pas en quoi l'interview d'un personnage imaginaire a pu lui faire penser à ce pipier corse. Comment a-t-il pu établir un lien entre ce pipier corse, et ce personnage fat, imbu de lui-même, plutôt grossier, et qui, entre nous, travaille avec ses pieds ? Bref,  qui n'était qu'une caricature ? Il y a des gens que leur acharnement rend aveugles.

27 mai 2010

Interview de Casimir Bourgniol, pipier


une belle footblasted de Casimir Bourgniol, pipier



Si la carrière de Casimir Bourgniol est longue, elle n'en est pas moins discrète. C'est que l'homme ne recherche pas les honneurs. En effet, après avoir été distribué par les plus grandes civettes, on ne peut plus trouver les œuvres de Casimir Bourgniol que dans son village, Praloux sur le Pé, où il tient l'épicerie familiale. Obtenir cette interview n'a pas été facile. Mais avec la promesse de faire parler de lui, et après un repas bien arrosé, Casimir s'est enfin laissé aller. A notre contact, l'homme s'est détendu. Sous cette rude carapace, on a pu mettre à jour sa sensibilité, sa bonhomie, et nous rendre compte que derrière son franc-parler se cache une grande gentillesse.

-Casimir Bourgniol, pourriez-vous nous résumer votre parcours - atypique, s'il en est ?

-J'ai toujours vécu au contact de la nature et des paysans. Très tôt, j'ai admiré les vieux du village, et les plus jeunes, qui fumaient tous la pipe. Tenez, je les revois encore, leurs mains calleuses, leurs pipes noires, au tuyau rongé ... vous savez, on parle toujours des paysans qui font eux-mêmes leur alcool, mais beaucoup cultivaient leur tabac, dans leur jardin.

-Vous-même, vous avez fumé très tôt ?

-Bien sûr, j'ai voulu imiter les grands, je m'étais fait une pipe dans du bouleau ...
 
-A quel âge ?
 
-Je devais avoir treize ans ...

-Si jeune, c'est vraiment extraordinaire ! Voilà un détail piquant qui ne manquera pas de toucher nos lecteurs !

-Il faut vous dire ... c'est un don ... il y en a, c'est la beauté, d'autres l'intelligence ... moi, très tôt, j'ai commencé à faire des pipes de mes mains.

-Je suppose que vous avez eu votre petit succès ?

-Oui, je dois dire, mon grand-père, par exemple, m'en avait pris deux. Il y tenait même tellement qu'il ne les a fumé qu'une fois, il avait toujours sa vieille bouffarde au bec, mais les miennes, il les avait rangées au-dessus du vaisselier, dans la cuisine ... il me disait toujours : tu sais, elles sont là, je les vois ...

-Que sont devenues ces pipes ?

-Ben, elles ont été jetées quand il a fallu déménager tout ça.

-Quel dommage !

-Vous savez, pour moi, c'était toujours les pipes de mon grand-père ... pour les autres membres de ma famille aussi d'ailleurs. Personne n'a voulu les récupérer.

-Vient ensuite, je suppose, le temps du service militaire ?

-Et oui, et là aussi, pour me distraire, je taillais des pipes pour mes camarades de chambrée. J'avais eu l'idée de tailler les fourneaux en forme de grenade explosive, ce qui était pratique pour la prise en main.

-Voilà une idée facétieuse !

-Que voulez-vous, il fallait bien se distraire

-Et une fois rendu à la vie civile, vous partez à Saint-Claude ?

-Oui, mais c'est une période dont je n'aime pas trop parler. Il y avait des jalousies.

-Pour regarder dans la rue ?

-Non, pas des fenêtres, je veux dire des jalousies quant à mon talent

-Ah oui ?

-Oui

-Combien de temps y êtes-vous resté ?

-Trois jours, mais j'ai eu le temps de survoler tout ça.

-Et ensuite ?

-Ensuite, c'était après mai 68, il y avait un grand vent de liberté, on vivait au jour le jour, j'ai décidé de partir pour le Danemark. Là, j'ai été accueilli à bras ouverts par les grands maîtres danois. Ce qui était très beau de leur part, parce qu'ils étaient déjà reconnus, et qu'ils ne manquaient pas de travail. Je les regardais travailler, et je leur rendais de menus services ...

-Lesquels ? Vous sabliez ?

-Non

-Vous guillochiez ? Dur ?

-Non, ils ne voulaient surtout pas que je touche à leurs outils. Le matin, je donnais un coup de balai, je préparais le café, je faisais la cuisine. C'était très apprécié. Le soir, je leur montrais mon travail, au dessert. On s'amusait beaucoup. Les Danois sont très rieurs, vous savez. Au bout de quelques temps, très gentiment, ils m'ont dit qu'ils n'avaient plus rien à m'apprendre, que je pouvais voler de mes propres ailes ... Je crois aussi qu'ils avaient pris quelques kilos depuis que je leur mitonnais mes petits plats (rires).

-Et à ce moment-là, c'est le retour aux sources ?

-Oui, je voulais tout connaître, je suis donc parti dans le sud de la France, travailler avec des coupeurs de bruyère.

-L'apprentissage a été difficile ?

-Oui, j'y ai laissé deux doigts

-Ca n'a pas du vous faciliter la tâche ?

-Ben, on s'y fait. Et puis, comme ça, j'avais une réponse toute faite aux trous du censuré qui disaient que je ne savais rien faire de mes dix doigts (rires)

-Ca ne vous a pas poussé à abandonner ?

-Non, je ne savais rien faire d'autre, de toute façon.

-Vous entrez ensuite dans une autre période de votre vie si palpitante, puisque vous vous isolez chez vos parents, au fond du jardin, et que pendant six mois, vous travaillez d'arrache-pied, dans une ambiance quasi monacale.

-Oui, je voulais absolument participer aux frais de la maison, en travaillant dans l'épicerie de mes parents, mais ils ont tenu absolument à ce que je n'en fasse rien. C'étaient des gens simples, mais bons. Je me suis installé un établi, derrière le potager, et j'ai travaillé, travaillé ...

-Au bout de ces six mois, vous vous trouvez à la tête d'un extraordinaire stock de pipe, et vous reprenez la route.

-Oui, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ... on ne pouvait pas vendre à distance à l'époque, il fallait se démener. J'ai donc commencé à arpenter le monde, pour proposer mes pipes aux civettes, bien plus nombreuses alors.

-Et alors ?

-J'y ai mis tout mon cœur. Je les ai eus à la fatigue. Quand, après avoir campé une journée dans un magasin, vous arrivez à fourguer trois pipes, c'est vraiment une victoire. D'ailleurs, ma réputation s'est faite très vite, j'entendais souvent les débitants, quand ils voyaient mes pipes, dire : ah oui, j'ai entendu parler de vous ...

-Ca n'a pas du être simple ...

-C'est que les vrais connaisseurs, déjà, étaient peu nombreux. Je me souviens d'un magasin, je lui avais vendu dix pipes, il a malheureusement du mettre la clef sous la porte peu de temps après (soupir).

-Il y a à cette époque, comme ça nous semble bizarre aujourd'hui, une anecdote que je voulais vous entendre confirmer. A cette époque, on offrait des pipes aux joueurs de football !

-Eh oui, ça ferait hurler aujourd'hui, c'est une idée que j'avais reprise à l'équipe de football de Saint-Claude - je ne leur ai pas pris grand chose, mais ça, je dois l'avouer. Lorsque des équipes adverses venaient disputer un match contre le FC Saint-Claude, on leur offrait une pipe. Ca m'avait semblé une très bonne idée, et j'avais proposé au maire de mon village d'en faire autant. Mais ça n'a pas duré, les entraineurs adverses ont protesté que leurs poulains étaient malades, et que ça n'était pas de jeu.

-C'est en les voyant durant un match que vous est venue cette idée incroyable !

-A l'époque, on parlait français, on ne disait pas football, ou alors en le prononçant foteballe, non, on disait plutôt "balle au pied". Et comme, durant mon bref passage à Saint-Claude, on m'avait souvent dit que travaillais comme un pied ...

-Je vous interromps, Casimir, je veux juste rappeler que bien sur vos propos ne seront pas censurés, mais bien sur nous sommes très suivis là-bas, on nous écoute, et dans tout, les sanclaudiens en usent, ma foi, le plus honnêtement du monde avec nous. Je tiens donc à préciser que cet avis n'engage que vous, et qu'à Saint-Claude nous n'avons que des amis.

-Je comprends très bien, et je ne peux que vous admirer, puisque après tout cela me permet, pour une fois, de m'exprimer en toute liberté. Et je suis pour la liberté d'expression, quand c’est moi qui parle, bien sur.

-Revenons au pied, si j'ose dire, j'aimerais que l'on parle de cette finition si particulière, et si spécifique

-Ca, je dois dire que j'en suis assez fier ! Voyez-vous, nous autres grands pipiers internationaux, nous employons le terme sandblasted, on a même vu, mais c'est marginal, le terme handblasted, qu'on pourrait traduire par "sablée avec la main" eh bien, comme il fallait bien que je me fasse remarquer d’une façon ou d’une autre, j'ai inventé la finition footblasted, "sablée avec les pieds", qui en fait donne seulement une impression de sablage avec les pieds, puisque ça n'est pas du sablage, mais du rusticage.

-...

-Vous ne dites rien ?

-C'est que je suis pendu à vos lèvres !

-Je suis donc l'inventeur de cette finition, faite uniquement avec les pieds, ce qui lui donne un charme et une rareté jamais égalée. Je suis le seul pipier à travailler avec ses pieds.

-Pouvez-vous nous montrer ?

-Je peux, mais il va falloir que j'enlève mes chaussures, et je n'avais pas prévu ...

-Qu'importe, un homme qui travaille de ses mains n'est jamais ridicule

-Tout de même, ça m'ennuie ... On va dire que c'est un secret de fabrication, mais alors, pas d'images ?

-Si vous y tenez, je rougis d'émotion en pensant aux potes qui vont me demander : toi qui a vu, comment fait-il ???

-Bon, alors allons-y, j'enlève donc mes chaussures et mes chaussettes ...

-Je l'aurais deviné ...

-Ensuite, nous allons sortir au poulailler, et je vais d'abord marcher dans le guano

-?

-C'est qu'ensuite, vous allez voir ...  il me faut une substance qui puisse retenir le fin gravier que vous voyez-là ... faut que ça sèche vite, mais pas trop ... et que ça colle ... pfou ! Je fatigue ... c'est plus de mon âge ! Bon voilà, c'est bien collant, maintenant, je vais aller marcher sur ce gravier dont je vous parlais, et comme vous voyez, le gravier, qui est en fait un mélange de calcaire et de schyste reste collé à ma voute plantaire ... vous voulez mieux voir ? Penchez vous ? Plus près !

-Non, c'est inutile, on se rend bien compte

-Voilà, c'est bon, ne reste plus qu'à marcher sur cet ébauchon que j'avais presque fini. Vous voyez, je m'essuie les pieds dessus, comme un paillasson. En moins confortable. Le tout est de ne rien oublier ... sans ça, faut tout refaire ...

-C'est incroyable !

-Oui, ça épate toujours ...

-Et vous songez à former un apprenti ?

-Vous voulez vous lancer ?

-Non, j'y avais pensé à un moment, bien sûr, j'ai même fait quelques essais, j'en suis arrivé à la conclusion que ça n'est pas très difficile, comme boulot, pipier, mais bon, j'ai déjà un métier ...

-Oui, vous avez raison, on en fait tout un foin ... j'en vois qui causent, qui causent ... alors que bon ... Aïe ! censuré ! censuré de censuré de ta censuré !

-Que se passe-t-il ?

-Je me suis coupé ... rien de grave, allez ... désolé, je me suis laissé aller, là, côté langage

-c'est le droit de tout artiste, vous savez

-Voilà, c'est fini, reste plus qu'à enlever ce qui reste accroché ... Ca ne sera pas long - et puis du coup je vais me laver les pieds, tiens ! Autant en profiter

-Et pour ceux qui voudraient, comment dire, vous commander une belle pipe finie comme celle-là, que peuvent-ils faire ? Combien cela coûte-t-il ?

-Je ne veux surtout pas parler d'argent. C'est une question de pudeur. La question n'est pas là. Et puis pour tout vous dire, je fais mes prix à la tête du client. Je ne fais d'ailleurs, vous l'avez noté, aucune publicité. Passez-moi la serviette, là. Non, ça c'est mon pull. A côté.

-Mais a-t-on un moyen d'être tenu au courant de vos productions ? On passe par votre site internet ?

-Vous savez, ce site, il en fallait un, on m'a convaincu. J'ai d'ailleurs demandé à un spécialiste de s'en charger, ça m'a coûté bonbon.

-Oui, c'est assez nouveau, cette façon de présenter les pipes à contre-jour, de façon à ce qu'on ne les voit pas.

-Oui, c'est l'idée, on ne voit que la forme, on ne peut avoir aucune idée de la teinte, ou de la qualité de la bruyère, ce qui n'a aucune importance, puisque je suis le seul à proposer de la bruyère de cette qualité. Mais pour en revenir à votre question, je ne fais aucune réclame, j'envoie simplement des photos de mes dernières œuvres à un cercle choisi, des personnes triées sur le volet qui s'intéressent à mon travail ...

-Vous voulez dire à votre art ?

-Non, soyons sérieux, bien sûr, je suis un artiste, incompris parfois, mais un artiste tout de même. Ca n'empêche que je préfère parler de mon travail, pas de mon art. Comprenez, il faut rester simple, proche des gens.

-Et ce cercle choisi, comment peut-on avoir la chance d'en faire partie ?

-Très simple, il suffit de demander.

-C'est si simple, en effet

-Et quand je dis cercle choisi, c'est qu'il y a du beau monde. Tenez, pour n'en citer qu'un, l'admirable acteur Michel Simon apprécie beaucoup mon travail. Voilà d'ailleurs quelques temps qu'il ne m'a pas passé de commande.

-Euh oui ...

-J'ai fait des pipes pour Maigret, aussi ... eh oui, Jean Richard ... il m'avait dit qu'il aimait bien mes pipes, mais qu'il préférait les fumer dans son zoo, à Ermenonville ... voilà un moment qu'on ne l'a pas vu d’ailleurs.

-Vous savez, il va falloir que j'y aille, la route est longue.


Voilà, c'est ainsi que j'ai eu la chance de repartir avec, en poche, ce beau souvenir. Casimir Bourgniol est un des derniers artisans-pipiers français, il me semblait indispensable de fixer ces instants de bonheur pour notre plus grand plaisir à tous, nous, amoureux de la pipe. Dans l'émotion du moment, nous ne nous étions pas rendu compte que la pipe dont il m'a fait l'honneur de me l'offrir à moi, collait encore un peu. Je n'ai donc pu la fumer dans ma voiture, et elle est restée accrochée au fond de ma poche. Ce n'est qu'en rentrant, après un passage à la machine à laver, que j'ai pu la déguster. C'est un moment de bonheur simple, car nous sommes, nous les amoureux de la pipe, des gens simples, avec des plaisirs simples. C'est alors que le soleil se couche, que les hirondelles égaient le ciel, en sortant ma poubelle, que je déguste ce produit d'un artisanat, artisanat simple, proche de nos cœurs et de nos campagnes, produit du terroir, fait avec des produits du terroir. Cette pipe sera en première place dans ma vitrine, ce n'est qu'après quelques temps que je la revendrai sur un site d'enchères outre-Atlantique. Ou peut-être la donnerai-je ? Mais chacun sait que lorsqu'on fait un cadeau comme celui-là, on fait un heureux, et dix malheureux.